Les petites et grandes misères de santé au quotidien ne font pas toujours grand cas dans les cabinets des médecins, généralistes et spécialistes. Mes maux de ventre récurrents n'ont jamais vraiment inquiété mes médecins, et mes gastroentérites à répétition (jusqu'à une fois par mois dans les périodes phares) n'étaient que le signe d'une santé fragile. J'ai eu droit à des antibiotiques qui ont agressé encore plus mon système digestif afin de soigner une acné sévère et persistante (acnéique de 13 à 33 ans, aujourd'hui : mais c'est enfin du passé, lisez mon article à ce sujet). Or, acné et gastroentérites n'étaient que le résultat de mes soucis de digestion ! Le serpent qui se mord la queue.

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En consultation, les médecins partent toujours du plus courant au plus spécifique, de la maladie la plus banale et la moins grave, en égrainant petit à petit vers un cas particulier, tout en prenant quelques précautions d'usage à travers divers examens, sanguins, échographiques, des coloscopies, etc., parfois jusqu'aux biopsies (je me suis quand même épargnée ça). Il ne s'agirait pas de passer à côté de quelque chose de grave même si tout le reste montre que tout va bien. Du coup, on fait le grand écart : "Mademoiselle, vos examens montrent que vous êtes en parfaite santé. Si vous voulez être rassurée, faisons cette petite biopsie", gloups !

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Si les données scientifiques disent que vous êtes en forme ( malgré une petite anémie persistante, par exemple), le médecin ne peut pas vous dire ce qu'il en pense vraiment, autrement dit que vous faites grand cas de peu de choses et que votre hypocondrie creuse le gouffre de la sécurité sociale. Il vous laisse donc une porte de sortie, honorable pour les deux côtés, vos malaises proviennent du stress et de ses effets psychosomatiques. C'est le repli vers un domaine flou, dont vous êtes partiellement responsable mais sur lequel vous pouvez agir avec un peu de bonne volonté (suivre des séances de sophrologie, d'hypnose, de PNL, aller voir un psy...). Bref, en résumé, ce qu'il ne vous dit pas, c'est tout de même d'aller payer de votre poche pour soigner ce qui ne concerne plus la médecine officielle, à part pour soulager les symptômes souvent inconfortables. Le médecin vous fait passer le message en vous mettant de la pommade, vous console, vous donne deux médicaments censés être inoffensifs (oups!), estime que votre anémie est tout à fait courante puisqu'il s'agit de celle de la jeune femme ("ça ne vous tente pas la viande rouge, hein ?") et vous conseille de gérer votre stress. Il s'appuie sur son dernier joker : l'effet placébo, celui qui permet au patient de se sentir déjà mieux dès la sortie du cabinet médical.

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Néanmoins, vous êtes pris de culpabilité, vous commencez votre marathon antistress : sophrologie, méditation, psychothérapie, inscription en salle de sport, yoga, etc.
Mais vous retombez malade, cette gastro vous colle au ventre, la fatigue devient chronique, les steaks bien rouges n'aident en rien votre anémie. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi, vous demandez-vous.
Au bout de quelques années survient la crise : douleurs en continu, problèmes digestifs, vertiges, fatigue qui dépasse largement le cadre des siestes que vous pouvez vous accorder parfois (dormir 36h presque d'affilée, c'est juste du stress, mais bien sûr !), difficultés de concentration, renfermement proche de l'autisme, nausées. Vous avez déjà pensé à exclure des aliments mais rien de pertinent n'en est sorti.

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Vous vous posez des questions sur vous-mêmes : est-ce possible que je me rende moi-même malade à ce point à cause du stress ? Suis-je si faible ? Qu'est-ce qui cloche chez moi ? Est- ce moi qui cherche à être malade, à me rendre malade ? Dois-je faire 20 ans de psy pour m'en sortir ?
On me parle même de spiritualité en cabinet médical : peut-être est-ce de cela que je manque et qui me rend malade ? Parvenu à ce point-là, on sent bien que le docteur est désarmé. Avant de partir, vous lui rappeler qu'il voulait vous passer la liste d'exclusion du lactose dans l'alimentation qu'il consent à vous donner nonchalamment : "essayez toujours, sait-on jamais", vous lance-t-il en guise d'au revoir.
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Là, c'est le début d'une autre longue histoire, la recherche DES intolérances alimentaires, qui me feront disparaître, dans le désordre : tous les soucis cités plus haut, y compris l'anémie, les mycoses à répétition, l'acné, mes nuits sans fin, les sueurs nocturnes et mon manque critique d'énergie, avant d'entamer une vraie reconquête de ma santé, avec pour laboratoire d'essai, vraiment serviable et complaisant, ce corps qui est le mien et que je vais remercier, une fois n'est pas coutume, bien platement, pour toutes ces aventures !
À suivre.