Pour être heureux, beaucoup d'entre nous cherchons à trouver notre place dans le monde. Cette aspiration nous semble légitime et même vitale. Il ne s'agit pas tout à fait de la recherche de l'épanouissement et du bonheur : c'est un engagement dont nous avons besoin pour donner du sens à notre vie, un engagement qui nous permette de vivre en accord profond avec nos valeurs. A cette recherche répond aussi le besoin de nous sentir pleinement vivant. C'est une affaire à la fois complexe et délicate.

Il existe de nombreux blogs et livres nous aident à avancer sur votre chemin mais qui ne nous proposent pas tous la même approche. Certains nous conseillent plutôt de nous centrer sur nos talents, afin de les développer et de voir où cela mène, d'autres prévilégient l'écoute de notre cœur, tout en lâchant prise, pour "tomber" en plein dans sa mission de vie, sans que vous vous y attendiez vraiment, par acte de foi, grâce à la loi d'attraction par exemple. Notez que ces deux approches peuvent être complémentaires selon les instants traversés.

Néanmoins, et vous y conviendrez, la première des missions de vie, commune à tous, c'est d'abord de vivre la vie, de justement ne pas attendre et reporter à plus tard, le moment de se sentir vivant, de ne pas le projeter. Cela peut devenir une sacrée difficulté sur le chemin de la recherche.

Sauter cette étape, la passer trop rapidement, ne pas prendre le temps de bien ancrer en nous cet enseignement, cela nous fait tomber dans un excès d'investissement égocentrique qui déssert complètement la cause. Cette recherche prend alors les allures d'un nouveau graal. On le retrouve dans nombre de margazines, de blogs (selon la lecture que l'on en fait), de coachs de développement personnel. Ce graal résonne comme une récompense à nos oreilles avides : enfin, nous pourrions vivre la vie qui semble nous attendre, la vie que l'on devrait déjà vivre, celle qui nous confirmera que nous avons bien une place sur Terre et dans la société, celle qui nous semble pouvoir nous faire dire que nous sommes enfin heureux ! Mais cet objectif ne vaut pas grand chose si l'on oublie la première étape. C'est le nouvel idéal qui, si l'on n'y prend pas garde, se parera de toutes les vertus, nous culpabilisant de passer à côté de lui, nous forçant à le chercher constamment. Le résultat n'est souvent que l'oubli de la première leçon de vie, vivre simplement la vie, ce carpe diem précieux.

C'est une mission délicate que de trouver sa mission de vie niveau 2, mais le chemin fait partie du package. Or, nous ne pouvons pas le voir si le niveau 1, encore une fois, a été bâclé. C'est en chemin que l'on se découvre, que l'on grandit, que l'on vit différents rôles, et finalement que nous incarnons différentes "missions de vie".

Cet idéal vers lequel on souhaite orienter sa vie, l'horizon ultime n'est plus religieux, ni politique, il est exclusivement personnel.

Finalement, par une certaine forme de déviance, cet enseignement spirituel remplace subtilement la récompense de l'au-delà dans les siècles passés, laquelle s'est muée dans nos sociétés matérialistes en une récompense à obtenir au plus vite, et chaque minute en-dehors de notre mission de vie résonne alors comme un malheur, une exclusion de la béatitude que l'on dit à notre portée, entraînant culpabilité, péchés de paresse etc. (hic, des péchés capitaux !).

Comment accepter que l'on est du mal à "se trouver", à faire son nid, à mettre du merveilleux dans l'ordinaire ? Le souci de cette exigence, c'est aussi qu'il s'agit d'un idéal pour soi, c'est une position égoïste et tout à fait cohérente avec la société actuelle.

"J'arriverai à attendre le bonheur, ma mission de vie me comblera, quelque part cela permettra de montrer aux autres ce que je vaux et je vaux mieux qu'eux", voilà ce que nous pouvons finir par penser. Notre vie continue de tourner autour de nous-mêmes. On pense à soi, à son futur, à la façon dont on designera notre vie. Cela occupe les esprits, occupe ceux qui sincèrement voudrait agir dans le monde, cela les distrait, les bloque dans leurs pensées et dans le non-agir. C'est acquiescer à une tendance individualiste et oublier que l'être humain est avant tout un animal grégaire... C'est pousser l'être humain à nier une partie de lui-même et à en exacerber (cerbère, chien des enfers !) une autre, égocentrique, qui le poussera en dehors de la société et de son vrai rôle d'être humain, allant jusqu'à oublier d'assumer sa place, qu'il a déjà, au sein de la société.

Bref, n'oublions pas notre humanité dans notre recherche afin de ne pas tomber dans un piège redondant de notre société actuelle.